Rencontre avec Albane Brumont

Escale autour du monde.

        

Albane est aujourd'hui la jeune sommelière d'un restaurant bordelais fraîchement étoilé.

Elle construit sa vie au fil de ses mouvements, au gré de ses envies de découverte de pays dans lesquels elle pose ses valises. Pour un temps.

Hier quelque part, demain ailleurs. Aujourd'hui avec nous.

Albane, racontez-nous ce qui vous a amenée sur la route du vin.

Mon père a son propre domaine viticole dans le Gers. Il est très connu. Et quand mes parents ont divorcé lorsque j'avais 12 ans, je suis partie vivre à Bordeaux. Je n'allais plus trop dans le Gers. Mon père avait refait sa vie.

Après mon bac, j'ai fait un BTS viti-oeno. Je pense que j'étais un peu jeune pour m'intéresser à la production. J'avais 17 ans, car je suis de fin d'année. Je ne me sentais pas capable d'être œnologue. Ce qui est maths et chimie, pour moi, c'est un autre monde. J'étais plutôt littéraire. J'ai donc eu mon BTS grâce au Français, même si aujourd'hui je ne parle qu'Anglais puisque mon compagnon est Australien !

Après, j'ai fait une école de commerce, un mastère vins et spiritueux. Si mon père était dans la production, ma mère, elle, était dans le commerce du vin. Je pensais que ce serait l'export qui me plairait, pour voyager, vendre du vin. Mais une fois en mastère, je me suis dit que le commerce, c'est chouette... si on vend son propre vin ! Je ne voulais pas vendre celui des autres.

Mes études finies, je suis partie en Australie, qui n'était pas mon premier choix. Je pensais que tout se ressemblait, qu'il faisait juste chaud. Et en fait, j'ai pris une grosse claque. Je ne m'attendais pas à ce que j'ai vu.

 

 

Vous aviez un poste qui vous attendait ?

 

J'ai postulé pour faire ouvrier de chai pendant les vendanges dans tous les domaines que j'avais vus sur internet, sans savoir ce qu'était le vin là-bas, sans avoir jamais goûté un seul vin australien. J'ai décroché un poste dans la campagne australienne et je suis partie.

Le pays m'a plu, encore plus quand j'ai découvert la ville de Melbourne, qui est finalement très européenne. Après cette expérience, je me suis retrouvée par hasard à travailler dans un restaurant, en tant que sommelière.

C'était quoi ce vent du hasard ?

Je voulais tellement voir le printemps et l'été à Melbourne. Beaucoup de français qui restent un peu là-bas font des petits boulots dans des restaurants. Mais pour moi, il fallait que cela touche au vin.

J'ai donc passé d'abord des entretiens pour des bars à vin, et j'ai répondu à tellement d'annonces sur internet que je me suis même retrouvée postuler à des emplois de sommelier ! Je crois que je n'ai même pas fait exprès à l'époque, car pour moi, c'était un métier qui demandait des études spécifiques et des connaissances très variées. Et j'ai reçu une réponse. Tout s'est fait en une semaine. J'ai passé un entretien dans un magnifique restaurant, une maison incroyable. J'avais juste vu deux chapeaux à l'entrée, mais je ne savais pas ce que cela voulait dire. J'ai fait un essai, et j'ai été prise, alors que je partais de zéro. Tout apprendre, les domaines, les cépages, tous les vins du monde, je me disais que je n'aurais jamais assez de temps. Il me manquait la théorie et la pratique, surtout. J'ai fait beaucoup de dégustations, emmagasiné très vite.

 

Deux ans plus tard, j'étais toujours là-bas. Les deux chapeaux, c'était les macarons... J'avais en fait démarré directement dans un gastro étoilé !
 

Mon visa ne me permettait plus d'options, et la France commençait à me manquer. En presque trois ans, je ne suis rentrée qu'une seule fois. J'avais besoin de me poser pour savoir ce que je voulais faire. J'ai rencontré mon conjoint en Australie, et tous les deux nous voulions voyager.

Nous sommes rentrés en France, mais dans l'idée de repartir et faire le tour du monde !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Où vouliez-vous poser vos valises ?

 

Dans tous les pays viticoles. Juste postuler dans les châteaux pour les vendanges, selon les saisons et les pays. C'est le métier le plus facile pour bouger.

On a fait la Californie, puis le Canada, puis l'Afrique du Sud. Et c'est là qu'on s'est dit qu'on allait arrêter car ça coûtait une fortune avec un salaire de misère ! C'est difficile d'être touriste et travailleur en Afrique du Sud. Même si finalement ce n'était pas un tour du monde tel que nous le voulions, financièrement, nous étions arrivés au bout. Nous sommes restés en Afrique du Sud pour visiter tout le pays, et dépenser jusqu'au dernier sou que nous avions.

Nous sommes rentrés en France, chez ma mère, en se disant que nous repartirions faire le tour du monde. Nous étions en juin 2018. On voulait donc repartir en août pour les vendanges. Nous devions chercher un job d'été en France en attendant. Ici, c'est la restauration qu'on trouve le plus facilement à cette saison. Mais il faut savoir qu'elle n'a rien à voir avec la restauration en Australie, qui est bien mieux payée.

 

Je me suis dit pourquoi pas postuler dans la sommellerie ?

 

Et voilà... J'ai été recrutée, ici, au Soléna, qui était mon deuxième entretien. Le seul où on me proposait d'être sommelière, et non commis ou assistante sommelière. Et puis je me suis dit "on verra". Si ça marche, tant mieux, sinon, si ça ne me plaît pas, je ne reste que six mois. J'avais 27 ans.

Cela fait un an et deux mois que je suis ici.

 

Le chef voulait se rapprocher de l'étoile. Il lui manquait la personne pour la partie vins, pour les accords avec les mets. Le restaurant l'a décrochée depuis.

 

Vous avez une culture internationale, comment articulez-vous vos choix ?

 

Quand je suis arrivée, la carte était 100 % française, et c'est ce que j'ai trouvé bien. C'était l'occasion de me reconcentrer, habituée à avoir plein de vins étrangers en Australie. Au Soléna, les produits sont locaux, frais. Il est plus logique de les mettre à l'honneur avec des vins Français. Et les gens qui viennent en France veulent découvrir des vins Français. Cela les fait voyager, même si à Bordeaux on préfère le Bordeaux.

Je choisis mes vins en fonction du menu surprise. Je dispose de très peu de temps pour que ça marche tout de suite. Heureusement, j'ai l'expérience de l'Australie où j'ai beaucoup pratiqué les "accords mets-vins". C'est de la recherche, et j'ai l'impression que je n'aurais jamais assez de temps pour être "bonne" dans cette partie-là. Car je ne me vois pas faire ça toute ma vie. Dans six mois, dans dix ans, je sais que je passerai à autre chose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet autre chose, puisque vous êtes une femme de mouvement, vous qui allez là où il vous semble que vos envies vous amènent, avec ce fil commun qui est "la terre du vin",  votre cœur vous dirait que ce serait où ?

La plus grosse question est "est-ce-qu'on reste en France ?". Sinon, où part-on ? En Australie pour y vivre, car mon compagnon est Australien ? C'est un peu loin pour moi. Alors où ? Bouger chaque année ?... Ou reprendre l'exploitation de mon père ? Je ne me vois pas dans le Gers, car je suis très citadine. Lorsque j'y suis, je me sens bien, mais y vivre, surtout pour mon compagnon qui a grandi à Melbourne, c'est différent !

 

Qu'est-ce-que vous auriez envie de dire à une personne qui voudrait changer de vie et se diriger vers la sommellerie ? Puisque sans études, vous prouvez que c'est possible.

C'est un métier qui me semble ouvert. Avec la passion. Les connaissances acquises par soi-même. L'impératif, c'est d'aimer la restauration. Surtout l'art du service.

 

 

Qu'avez-vous envie d'apporter à cette dimension du vin, au Soléna ?

Développer la carte, avoir le plaisir de faire découvrir ce qui m'a plu. De nouveaux essais. De nouvelles expériences. M'éclater.

 

 

Si vous allez au Soléna, peut-être y verrez-vous Albane, avec son accent qu'elle a gardé de l'Australie. Elle vous proposera les vins qu'elle aura elle-même choisis pour entrer en accord avec les plats surprises du Chef. Ou sera-t-elle partie, vers d'autres contrées. Vous la croiserez alors peut-être en Australie, en Espagne, au Canada, ou ailleurs.

 

Albane fait partie de ces êtres guidés par l'expérience. Là où on ose, et là où on se dit qu'il existe une notion fondamentale : la liberté.

 

 

interview Séverine Camus

photos Agnieszka Hernes-Volmar

juillet 2020

 

thank you les Ladies wine Bordeaux

 

#oser

#changeyourlife

 

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Bordeaux - France

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