Rencontre avec Vincent Richeux

Un trafiquant d'art contemporain connecté...

        

Vincent, c'est d'abord des études supérieures pas faites pour lui.

Puis voué à un brillant avenir "de bon petit soldat", comme il le dit, il arrête tout lorsqu'il a 27 ans pour déposer les armes et prendre les pinceaux.

Redessiner sa vie. La colorer. En faire une toile de maître.

De ses débuts dans un garage, à son succès d'aujourd'hui, Vincent se livre sur sa connexion au monde. Un trafiquant d'art, comme il l'écrit sur son site.

Ni artiste, ni peintre. Simplement un homme parmi les Hommes.

Vincent, il y a des personnes qui rêvent de se réaliser et qui n'osent pas... Parle-nous de ton chemin jusqu'ici...

Une école de commerce. Un peu une erreur de parcours. Tu sais ce que c'est, quand on est pas forcément bien dans sa peau, à cet endroit là. Forcément décalé car pas aligné avec ce qu'on est en profondeur.

Puis le marketing, la com'. Je me retrouve dans le vin. La dernière société pour laquelle je travaillais était dans le sud. Une boîte de pub spécialisée dans les vins et spiritueux. Ça a duré 5 semaines... pour faire ce qu'on appelle aujourd'hui un burn-out.

Et là, une prise de décision qui vient des tripes, qui vient du corps. Qui est entière. Un craquage complet.

 

C'était sur l'autoroute, j'allais à une conférence sur la consommation des vins en restauration. J'ai donné un coup de volant. C'était un 11 février 2002. J'ai pleuré. J'ai appelé mon patron en lui disant que ce n'était plus possible. Il fallait que j'arrête. J'avais 27 ans.

Je me suis dit que j'allais essayer de peindre. Faire un break pour savoir vraiment ce que je voulais. Et en étant loin de la famille et des amis, ce qui était plutôt bien, car je n'avais pas d'influence extérieure, des gens à qui il fallait faire plaisir ou qu'il fallait écouter.

J'avais droit à un an de chômage. J'ai construit mon projet en me disant que j'allais devenir artiste peintre, ou bien agent. Je ne savais pas bien. En tout cas, travailler dans le milieu artistique.

Pourquoi le milieu artistique ?

Parce que je peignais déjà un peu. Et puis, je raconte toujours cette histoire : le jour de mes 13 ans, mon père avait fait venir, via un ami qui était collectionneur d'art, un courtier à la maison. Je me disais que cet homme avait une vie juste parfaite ! Il était bien reçu chez les gens, il avait une jolie voiture, il avait des tableaux juste fous, ça se passait bien. Il buvait des coups, tout ça dans la bonne humeur ! Il était investi et convaincu des artistes qu'il présentait. Et à minuit, il mettait les tableaux dans sa voiture et partait faire son tour de France. Avec des toiles de très grands peintres. C'est une soirée qui m'a marqué. J'ai vu mon père heureux, ses amis heureux. Tout le monde était heureux. C'était un moment de joie et de partage. J'avais donc gardé ça à l'esprit comme métier  : le marchand de bonheur !

Et puis il fallait que je vive une espèce de thérapie, une sorte d'exutoire par la peinture. C'était de l'art thérapie solitaire...

J'ai donc peint 120 tableaux la première année. Je copiais. Van Gogh, Monet, Gauguin, des artistes contemporains. J'essayais de faire mes propres créations. Tout y est passé, du quasi abstrait à l'hyper figuratif.

 

 

C'est à partir de quel moment que tu as vraiment commencé à être "connecté"

avec la confiance créatrice ?

 

Je pense que c'est de suite, parce que j'étais dans un garage. Pas de fenêtre.

Pas de chauffage. Il faut être connecté, pour se lever le matin et se dire "je vais faire

ça".

Il y a une espèce d'énergie qui se met en route, une sorte de force intérieure qui

fonctionne. Est-ce la fatigue, l'épuisement, le ras-le-bol, l'inadéquation avec le

système ? Je ne sais pas. En tout cas, cette année là, je ne me suis pas posé beaucoup

de questions.

Quels ont été tes différentes étapes ?

D'abord la quête du style. Me dire "tiens, ça, c'est Vincent Richeux". Trouver une propre signature graphique met du temps. Il y a eu le choix d'une technique, le travail de la matière qui m'intéressait. Ce côté terrien. La peinture à l'huile, c'est comme si tu travaillais de la glaise, ou comme si tu pétrissais du pain. C'est quelque chose de très ancré.

J'ai trouvé, je dirais, au bout de quatre ans. Après, tu vas sur des plus grands formats, tu prends confiance. Y compris sur la maîtrise de ton propre corps.

 

Puis est venu mon premier succès, en 2008. J'ai commencé à être dans plein de galeries. Et puis c'est la première série sur New-York qui a vraiment très bien marché. J'avais aussi les années 30 en parallèle. C'est là que j'ai franchi un premier pallier.

 

Après, il y a eu la découverte du street art, plus pour le fun.

 

Puis il y a 2012. Un deuxième pallier avec les animaux. C'est là que j'ai rencontré un éditeur. Tout s'est vraiment professionnalisé avec internet, les réseaux sociaux, mes éditions diffusées dans toute la France. Ce qui m'a donné une visibilité plus importante. J'ai commencé à avoir des retours de personnes que je ne touchais pas avant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puisque tu me parles de "toucher", comment sens-tu aujourd'hui que ce que tu transmets au travers de tes toiles, peut ouvrir les consciences ? Toucher les cœurs ?

Aujourd'hui, la résonance de mes tableaux chez les gens qui les reçoivent, ça me laisse pantois à chaque fois. Ça m'échappe. Eux s'approprient l'œuvre et vont au-delà même de ce que j'ai voulu créer.

Et d'ailleurs je ne sais pas ce que je veux créer ! Quand je veux faire quelque chose d'esthétique, de beau, cohérent en terme de couleurs et d'architecture, c'est à chaque fois une bouteille à la mer. Qui va récupérer le message qu'il y a à l'intérieur ? Est-ce- que ça va être à Lille, à Nice, à Strasbourg ? En France, à l'étranger ? Un homme, une femme, un enfant ? Je ne sais pas.

"On a tous un pouvoir créatif en nous."

 

Il y a une erreur fondamentale, c'est de dire que les artistes sont égoïstes. On parle souvent d'égo... Mais on ne le retrouve pas chez tous les artistes ! Si on peint pour être riche et célèbre, on ne peint pas pour les bonnes raisons.

Quand je dis que c'est quelque chose qui m'échappe, je ne pensais avoir cette faculté à toucher autant les autres. Je l'ai découvert avec le temps. Dans l'inconscient collectif, il y a quelque chose autour de l'artiste : quelqu'un porteur d'une grande sensibilité et de facultés que les autres n'ont pas. Ce qui est faux. On a tous un pouvoir créatif en nous. Il y a une espèce de mythe autour de l'artiste qui est assez étrange à vivre. C'est pour ça que je ne suis pas toujours à l'aise avec le mot "artiste". Parce que je ne me sens pas différent des autres. Dans le monde "artisan", il y a la valeur du travail. Les artistes qui ont fait une grande carrière étaient des besogneux. Il y a une quête du "plus".

Comment perçois-tu cette "résonance" ?

Quand les gens viennent, je le vois : ils retrouvent une part d'eux-mêmes. Ils se connectent à quelque chose chez eux. J'ai vu des gens pleurer. D'autres joyeux.

Et toi, tu te connectes à quoi ?

Il y a cette espèce de transe, cet état de conscience modifié qui me fait penser à l'hypnose. C'est prouvé par les neurosciences, quand on connecte le process créatif, on active des réseaux neuronaux qui n'ont pas l'habitude d'être sollicités.

Il faut avoir les pieds sur terre et la tête dans les étoiles : il y a notre matérialité, notre corporalité, on peint avec nos yeux, nos mains. Le pinceau est la prolongation du bras qui lui-même est la prolongation de l'âme... Et l'âme est connectée ! Parfois c'est comme si on échappait à l'espace et au temps.

La peinture est en 2D, mais cela se passe en nous en 3D. On va essayer de donner de la profondeur, de la perspective. La force de la peinture, et si les expos ont tant de succès, et si les grand peintres ont réussi à toucher les gens au fil des siècles, alors qu'ils ne sont plus dans la même réalité, c'est bien parce qu'il y a quelque chose qui va au-delà. Là, on parle de vibration. Du pouvoir vibratoire de la couleur, par exemple.

Et puis tu a un process de vie et de mort dans une toile. Quand je signe, je meurs avec la toile. La toile signée, elle ne m'appartient plus. Je passe à autre chose. Puis quelqu'un va se l'approprier et vivre avec.

Explique-nous ce "process".

Chaque toile est une vie. J'ai dû faire 1.700 tableaux. Il y a un rapport à notre corporalité, notre finitude qui est intéressant. Ça va de l'ancrage du bassin jusqu'à "au-dessus" de nous. Tu le retrouves dans le sport. Et même la cuisine. Tu utilises ton corps, et c'est là le génie humain, pour créer quelque chose de transcendant pour les autres, ou en tout cas pour trouver un écho à la création. Parce que la toile, le plat de cuisine, la sculpture, le moment parfait en gymnastique, n'a de but, pour moi en tout cas, que de donner une émotion à l'autre. Si à la base la quête est individuelle, elle n'est pas individualiste.

Il y a aussi cette notion d'accouchement, de déversoir. Je me suis demandé, si j'étais guéri de mes névroses, est-ce-que je serais encore créatif...

Être soi, c'est aussi accepter ses parts d'ombre. Elles font partie de nous.

Je me pose la question lorsque je sors de ma caverne de l'atelier ! Ce que je suis à l'atelier n'est pas celui que je suis dans le monde. Et il faut faire cohabiter les deux. C'est là où il peut y avoir des dissonances dans la partition...

"Il faut s'affranchir de ses peurs,

mais aussi de ses limites,

de ses croyances

et surtout de la quête de plaire."

 

 

Tu te confrontes à toi...

Parce que je l'accepte. J'ai dit que tout le monde est créatif, mais tout le monde n'accepte pas d'aller chercher en soi cette part là. C'est un grand saut dans l'inconnu. Il faut s'affranchir de sa peur pour être un grand créatif... ou un grand créateur ! Il faut s'affranchir non seulement de ses peurs, mais aussi de ses limites, de ses croyances et surtout de la quête de plaire.

Alors, qu'est-ce-qui se passe dans l'entre-deux, entre "deux vies", entre deux toiles ?

C'est le moment où tu ouvres la porte de l'atelier pour sortir, et là tu rentres dans un autre univers. Tu mobilises certaines parties de ton corps, de ton âme, puis lorsque tu sors, tu en mobilises d'autres. Peut-être que je suis en quête d'un tout, tout le temps. Une quête vaine, au final. Il y a une notion un peu à la mode en ce moment, comme la bienveillance, c'est "l'happycratie". Cette obligation à être heureux, tout le temps.

Le privilège de l'artiste, c'est de s'acheter un bout d'immortalité au travers de ses œuvres. En fait, tu meurs vraiment le jour où plus personne ne pense à toi. Tu vis à travers la pensée de l'autre, même si tu n'es plus là physiquement. Le jour où plus personne ne pense à toi, tu peux considérer que tu as disparu de cet espace temps terrestre. Alors quand je crée, il y aussi cette joie de vaincre la mort terrestre.

Là, je suis en train d'occuper mon temps. Je peins, et un jour tout sera fini. Lorsque les bouddhistes dessinent des mandalas, après un moment de contemplation, la finalité n'est pas l'œuvre, mais le process mis en marche pour faire l'œuvre.

 

Tu parles là de transcendance, et non d'immanence ?

Oui, c'est pour ça que, lorsque je signe, puisqu'il faut un code pour dire que c'est fini, je m'octroie un autre moment de vie. Le jour où je me dis "ouah, c'est trop fort ce que j'ai réussi à faire, j'ai atteint ce que je souhaitais", pour le coup, là je serai mort au sens du métier. Ça, c'est la vraie mort du peintre.

photos & propos recueillis par S. Camus

 

https://vincent-richeux.fr

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#vincentricheux #vinceartfactory #popart

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