On en parle ? Comment écrire à l'âge adulte peut (toujours) être difficile pour "certains" cerveaux

l'après « Un Autre Chemin »


Ce n’est parce qu’on aime écrire,

qu’il est facile d’écrire.



L'aventure du Mind Staging me permet la liberté aujourd’hui de parler d’un sujet qui a éconduit plus d’un adulte que j’ai accompagné, "à la pensée singulière", s’interdisant la monstration de ce que le monde renvoyait comme étant une faiblesse :


"NON, TU N’AS PAS LE DROIT DE DIRE QUE TU AS TOUTES LES DIFFICULTÉS DU MONDE À ALIGNER PLUSIEURS MOTS (et parfois ce sont des chiffres), écrits ou parlés, toi, l’adulte, celui « qui doit être performant »... Et de surcroît à ton âge ???".


Cet "autre chemin" me mène encore à la recréation, à accepter toutes les rugosités de l'être, et à enfin les partager. Si je ne tords pas le nez à l’image lisse attendue de l’adulte, celui qui ne doit pas avouer ses difficultés, encore plus lorsqu’il est « exposé », alors, qui le fera ?


Afin de libérer la parole, et sortir de toute obligation de “perfectude” (la solitude intérieure face à la perfection… soyons inventifs) dans laquelle nous sommes plongés, je partage à postériori avec vous cette difficile et douloureuse expérience qu’est l’écriture d’une suite logique de paragraphes et de chapitres, formant un ensemble qui peut s'appeler « livre », ou tout autre document écrit.


Si quelques âmes s’y retrouvent et se sentent moins seules parce que je mets en mots leurs maux, je m’en réjouirai. Si d’autres découvrent le calvaire que vivent certains d’entre nous, alors, j’en serai aussi heureuse.


S’atteler à l’écriture "digne" serait comme pénétrer par effraction à l'intérieur d'un temple sacré réservé à des élus bienheureux, de surcroît "brillants", pour prétendre un jour jouer dans la cour des grands et gagner la légitimité de marquer parmi ses multiples compétences, « écriture ».

Le fantasme de l’auteur si sûr de sa plume, dont le texte aux combinaisons parfaites, sans accrocs, est salué par le lectorat, est parfois bien loin de notre univers à nous.

Et je continue à tomber le masque (c’est d’actualité) en parlant du meilleur exemple dont je dispose : MOI. La mise en forme de l'écrit est un long combat cérébral… alors que j’aime écrire, et que l'inspiration est là. Alors que les lettres, leur magie, leur beauté, m’appellent d’aussi loin que remontent mes souvenirs précoces.

Et ce que je vis, d'autres le vivent... Je le sais, je les ai croisés, voire accompagnés !!! Ces adultes que j'ai entendu me dire « j'aimerais "savoir écrire" parce que j'aime ça, mais j'ai honte parce que je n'y arrive pas...». Un "handicap" qui ne se voit pas.


On peut hélas évoluer dans une vie professionnelle, quels que soient le lieu ou la posture, et souffrir d’une (dés)organisation catégorielle des informations du monde qui ne permet pas une expression spontanée, qu’elle soit parlée ou écrite.

(J'ai une pensée également pour toutes celles et tous ceux qui souffrent de "DYS").



C’est à l’aune des exemples de difficultés d’agencement mental suivantes (cumulatives chez moi), que chaque page d'écriture se transforme en travail herculéen (liste non exhaustive) :


- lorsque votre monde cérébral est fait d’images, de formes géométriques, d'abstractions, qu’il faut transformer en mots pour communiquer, puis les suites de mots en phrases, rajoutant ainsi une étape mentalement coûteuse comme cela l’est depuis votre enfance,


- lorsque vous visualisez dans un second temps les pages écrites uniquement dans votre tête, comme des dessins, de surcroît jamais au moment attendu (qui a déjà essayé d’écrire sous la douche ou en conduisant sa voiture ?), qu’il vous faut retranscrire et assembler péniblement à postériori en tapant sur les touches d’un clavier, alors que votre pensée se déstructure chaque seconde pour se remodeler, vous voilà rajouter une deuxième étape énergivore, et autant de temps qui vous sépare de l’objet tant attendu, à savoir la page complète écrite « noir sur blanc »,



- lorsque ce que vous écrivez est différent d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, reflet de vos multiples parties et de vos pensées multi-séquentielles (rien à voir avec la schizophrénie… et quoique…), et que vous alimentez ainsi plusieurs écrits en même temps, avec le besoin de défaire en permanence tout ce que vous avez cousu jusqu’alors,


- lorsqu’il vous arrive d’écrire, l’esprit pressant, dans des fichiers informatiques qui n’ont rien à voir avec le sujet (du style votre article sur Albert Einstein perdu au milieu de votre CV-carte mentale), ou sur des bouts de papier, parce que c’est là, dans votre espace cérébral, harcelant, bousculant, et vous savez que si vous ne le couchez pas « quelque part », vous le perdrez parce que tout se remodèle en vous sans cesse, rajoutant une complexité tyrannique à créer du liant face à tout ce qui s’éparpille en vous,


- lorsque vous ne retrouvez plus le précieux papier où tout vous semblait enfin si joliment déposé (peut-être a-t-il servi à la liste de courses ?), ni le fichier dans lequel vous avez jeté un paragraphe,


- lorsque votre attention ne peut rester mobilisée plus d'une heure sur la même tâche…, et même pire, lorsque vous êtes obligé d'écrire de façon différente d'une page à l'autre, sinon vous vous ennuyez "grave",


alors « écrire », et de surcroît un livre, revient à participer à des épreuves sportives aux côtés de vos congénères bipèdes qui ont des coachs pro, alors que vous, vous êtes unijambiste et que vous vous entraînez solo dans l’arrière-cour de votre immeuble, dans la survie adaptative de celui qui a honte.


OUI, ÉCRIRE PEUT-ÊTRE COMPLIQUÉ ALORS QU'ON AIME ÉCRIRE !


Et oui, il m’est arrivé de me sentir mal… si mal… Surtout quand on me disait, alors que j'étais thérapeute, « vous, au moins, vous savez vous exprimer… »… !!!


Ceci s’adresse à toutes celles et tous ceux qui ont une pensée déstructurée au regard de notre monde, mais qui pourtant aiment les lettres, les mots, la rhétorique, rajoutant ainsi de la souffrance à ne point pouvoir toucher ce trésor du bout des doigts, et pratiquant la stratégie triple du contournement-évitement-procrastination :


le jour où vous faites le choix de participer à l’épreuve sportive, même si vous arrivez le dernier, vous franchissez la ligne d’arrivée, et c’est cela qui importe. Dites-vous que par l'expérience répétée, vous ne pouvez qu'optimiser cette pensée qui a bien du mal à se structurer... Vous vous entraînez seul(e), peut-être la nuit, mais vous y arrivez. Et vous pourrez alors partager votre périple, espérant convaincre ceux qui n’osent pas.

Vive le coming-out cognitif ! Car :

TOUTE DIFFICULTÉ EST LE DÉBUT D’UN NOUVEL APPRENTISSAGE



Ceci n'est que mon expérience, libre de tout droit :

en parlant de vos difficultés, avec humilité, franchise et lucidité, "quel que soit votre âge", vous laisserez moins d'espace à quiconque pour interpréter ce qui n’est ni une faiblesse, pire, un handicap, ni une verrue intellectuelle, mais simplement une « singularité ».

Parler de ses difficultés à ciel ouvert ne signifie pas se laisser aller, ou ne pas chercher à apprendre en se retranchant derrière. Il est important de toujours mettre votre cœur dans tous vos ouvrages, et de faire de votre mieux avec les moyens dont vous disposez (physiques, émotionnels, temporels, matériels, financiers, ...) au moment où vous le faites.


Alors, ce sera parfait...


Prochain Post en début d'année : épisode 2 : « Quelle est la dernière chose que vous avez faite pour la première fois ? ».

Je vous parlerai notamment du week-end épique que j’ai vécu post-impression de mon premier livre...


ILLUSTRATIONS : David LUSSAC (merci David pour ta patience)


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