"Hypersensibilité" : se défaire du cliché

Vous connaissez le terme "hypersensible", et peut-être avez-vous une image d'une personne susceptible, dans l'hyper-réaction et la sensiblerie, qui se laisse submerger par ses émotions. L'hypersensibilité est ainsi souvent associée à l'émotionnel. Il existe même le terme de "douillet affectif" pour caractériser "l'hypersensible" !

Les associations sont parfois hâtives, les modélisations courantes alors que les caractéristiques avancées ne permettent pas de conclure à des profils homogènes.


Ce qui suit ne fait pas office de postulat, mais propose une réflexion sur ce qui est aujourd'hui appelé "hypersensibilité".

#hypersensibilité #sensibilité #hyperesthésie #synesthésie #singularité #cinqsens #sisxièmesens #normalité #normes



Dans l'adjectif "hypersensible", il y a"sens". Qui dit sens, dit au moins 5 portes d'entrée : toucher, ouïe, goût, odorat, vue... (car il y en a bien d'autres, et notamment celles admises par les neurobiologistes, comme la thermoception -détection de la température- et la nociception -détection de la douleur-).

Ce qui entraîne une perception du monde qui peut se vivre de façon exacerbée sur ces 5 intrants, nommée alors hyperesthésie : certaines matières peuvent se révéler particulières au toucher (ex : la peau de la pêche), des odeurs détectées à une longue distance, un goût amplifié sur des saveurs ou des textures en bouche, une grande acuité jusqu'à la possibilité même de voir en 3D, des bruits lointains perceptibles de façon proximale.

Il faut donc y voir un mode particulier de traitement des données sensorielles, qui peut d'ailleurs parfois être douloureuse pour une personne (notamment le toucher - ex : matières insupportables sur la peau - ou le bruit - ex : sons insoutenables, à la limite de la souffrance). Le traitement des informations via ces sens n'est pas toujours cumulative, c'est-à-dire que le phénomène amplificateur n'est pas toujours valable sur tous les sens chez un même individu, et pas de même intensité. Bye bye les généralités.

L'association de plusieurs traitements de données sensorielles est même possible (ex : associer des odeurs à des textures particulières, les sons à des couleurs). On parle alors de synesthésie, phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés de manière durable.


Ainsi, l"hypersensibilité", si on se réfère tout simplement au mot "sens", n'est pas strictement de l'ordre de l'émotionnel. Rajoutons, en plus des cinq sens et de tous les autres, le sixième sens !


La perception du monde du subtil


Il m'a été donné de remarquer, par les personnes que j'ai accompagnées se découvrant des capacités de médiumnité, de magnétisme, etc. que des sens très développés dans la vie "courante" servent également à percevoir le "subtil". Ce traitement particulier des informations permet ainsi de voir ce qui est invisible pour d'autres, ou entendre ce qui inaudible pour le commun (Jeanne d'Arc était-elle une "hypersensible" ?😏), ou sentir ce que d'autres ne sentent pas, soit au niveau corporel (ex : des courants d'air frais alors que toutes les fenêtres sont fermées), soit au niveau des odeurs (ex : sentir subitement chez soi une odeur qui n'est pas ordinaire et n'a rien à voir avec ses activités habituelles), etc... Si au niveau subtil une personne est qualifiée de "clairaudiante" (ex : elle entend des voix de défunts ou d'entités), son ouïe est normalement aussi très développée dans "la vie de tous les jours".


Et si nous parlions de RÉCEPTIVITÉ au lieu de sensibilité, pour décrire cette faculté à être en totale interaction avec le monde, sous toutes ses formes, avec ses sens quels qu'ils soient ?


Car dans notre rapport avec le monde, nous échangeons en permanence des flux d'informations, quelle que soit leur nature, avec l'extérieur : nous recevons et nous émettons TOUS. Nous sommes des antennes en puissance. Une émotion étant l'émanation d'une de nos parties qui s'exprime en fonction des informations qu'elle reçoit du monde (ou des mondes !), via un transmetteur abritant nos sens physiologiques (notre corps), "l'hypersensibilité" serait-elle simplement le résultat d'une appréhension très fine de l'environnement vivant, dans TOUTES ses dimensions ?

Ce qui est nommé comme "hypersensibilité" et décrit au travers de réponses émotionnelles, voire comportementales, extrêmes, ne serait ainsi que la preuve d'une antenne de très bonne qualité, bousculée par un monde de plus en plus sollicitant, aux programmes et chaînes multiples, voire cacophoniques.


Réfléchissons donc un court instant sur le préfixe HYPER, qui désigne une intensité ou une propriété supérieures à la normale.


L'utilisation de "hyper" montre que la personne est placée en dehors du référentiel commun et "normal". Puisqu'elle est qualifiée de "hyper", c'est que comparée aux normes communément admises et reposant souvent sur la majorité, elle sort des strates. Alors que pour bien des "hypersensibles", tout est intrinsèquement normal. C'est le retour et la réaction de l'environnement, lorsqu'ils deviennent récurrents, qui pointent l'écart. Cet environnement, formant la majorité, devient alors le référentiel : comparé à cet échantillon, la personne est décrite, ou se vit elle-même, comme "hyper".


Si nous voyons les choses à l'envers, on pourrait simplement se demander si ce n'est pas la société actuelle qui est "hypo-sensible" (ou hypo-réceptive), en paradoxale opposition à un monde hyper-bruyant et hyper-envahissant... Ou bien le monde est-il devenu terriblement bruyant et envahissant pour se faire entendre et voir de personnes de plus en plus sourdes et aveugles ??? 🤪


Si tous les êtres qualifiés aujourd'hui d'hypersensibles étaient propulsés en des temps beaucoup plus anciens, ou même de nos jours chez certaines peuplades encore connectées avec le vivant au sens large, peut-être seraient-ils tout-à-fait "normaux". Cela renvoie ainsi à la notion de référentiel commun admis en une époque et/ou un lieu donnés, abordé notamment dans le livre de Todd Rose "La tyrannie de la norme" : "nous sommes tous devenus moyennistes". Le taylorisme sensitif aurait-il standardisé notre façon de percevoir le monde, lorsqu'on se plaît même à créer des tests servant à mesurer le quotient émotionnel ? Citons une phrase de Peter Molenaar (psychologue du développement et des mathématiques, université d'État de Pennsylvanie), tirée du même livre de Todd Rose : "Un individu est un système pluridimensionnel qui évolue en fonction du lieu et du temps". Ainsi, "hyper", pourquoi pas, mais pas tout le temps et pas partout, et pas avec tout le monde !!! Question de point de vue...


En résumé : nous pourrions parler de réceptivité au lieu de "sensibilité". Nous pourrions aussi oublier le préfixe "hyper" qui n'y serait plus associé.

Chacun aurait ainsi son propre niveau de réceptivité des informations du vivant avec lequel il est en interaction, selon son degré propre, et selon une combinaison sensorielle qui lui serait là aussi propre, en fonction des situations auxquelles il est confronté (lieux, organismes vivants). Chaque individu serait, encore une fois, à appréhender selon son propre référentiel à lui.


Exit alors les clichés et les généralités entourant l'hypersensible, "douillet affectif" ou "douillet sensitif"...


Âme qui vit tout simplement DANS le monde et AVEC les Mondes...