QI : test ou pas test ?

Comment définir si on est « différent » sur le plan cognitif ? Obtenir le Graal du surdoué, à savoir le QI égal ou supérieur à 130 (pourquoi pas 128,37 ??? ) ? Comment le savoir, si ce n’est en passant des tests ? Oui mais, les tests, c’est normé… alors comment juger par une note quantifiée ce qui n’est pas quantifiable ? Peut-on peser l’intelligence, la mesurer ?



Face à cette batterie de questions, je peux juste répondre, avec ma petite expérience et les échanges avec certaines personnes au profil « différent », que, pour en avoir le cœur net, la preuve chiffrée que l’on est haut potentiel (alors, t’en es ou t’en es pas ?), il vaut mieux passer un test si vraiment, alors vraiment, l’anamnèse (questionnaire à caractère médical) et l’étude qualitative d’un psychologue chevronné ne vous suffit pas. Je conseille pour cela d’aller voir un psychologue "spécialisé", celle ou celui qui renifle le profil différent avant même qu’il franchisse le seuil de sa porte, sorte de sonar détecteur de hauts potentiels… Et je ne suis pas fan de ce terme.


Je suis mesurée sur le principe du test, et je vais partager mon histoire personnelle :


Nous avons été amenés à conduire notre plus jeune garçon lorsqu’il avait 9 ans chez une psychologue, car il était en souffrance à l’école. Elle m’a proposé de lui faire passer le test WISC (je n’y connaissais rien à l’époque). C’était louable de sa part, mais elle est passée totalement à côté du fonctionnement de notre fils. Je n’ai d’ailleurs eu aucun compte-rendu écrit.

Deux ans plus tard, comme les soucis de notre garçon s’étaient amplifiés avec le collège, et ayant depuis commencé à m’intéresser au sujet, je l’amène voir une psychologue spécialisée. Elle voit tout de suite à qui elle a à faire, et elle nous propose des tests.

A quoi cela a-t-il servi ? A l’accompagner au mieux dans sa différence, et surtout, et je le déplore, aller voir ses professeurs principaux chaque année pour qu’on cesse de le prendre pour un débile, ses voies d’apprentissages étant « différentes ». Je suis même limite obligée de donner son niveau de QI car « comment ça se fait qu’il a autant de difficultés s’il est haut potentiel, mmm ? ». Les tests ont pu déceler un déficit attentionnel sur une double entrée verbale et écrite, confirmée par des tests (encore !) chez un neuropsy. Malgré les séances chez trois orthophonistes en cinq ans, rien n’a progressé. On a tout stoppé depuis et on lui fiche la paix. Il ne va pas plus mal.


Pour notre aîné, ce fut différent. C’est lui qui a demandé à passer le WISC récemment, car il était en questionnement sur « qui suis-je, où vais-je, car je me sens tellement différent » et en début de rébellion contre le système scolaire. Je n’étais pas chaude, mais je sentais que c’était important pour lui. Allons-y, même si ça coûte cher. A la différence de son frère, il s’est présenté avec une pression énorme, plus stressé que pour les épreuves anticipées du bac, avec un enjeu qui relevait du mental, et la peur de l’échec. Malgré son cerveau laissé en friche depuis 5 ans (il avait décidé de se laisser vivre et de ne pas stimuler ses neurones, «parce que tu comprends, tout ce qu’on nous apprend, ça sert à rien») le « résultat » fut concluant. Il fut néanmoins un peu frustré, car le nombre obtenu, certes supérieur à 130, n’était pas complètement le reflet de ses capacités en temps ordinaire, par exemple pour l’échelle de mémoire. Il a marqué un temps d'arrêt sur ce fichu nombre : il a pris conscience que son intelligence... avait sabordé son test d’intelligence ! Et que son angoisse de contrôle avait pris le dessus. Au moins, il sait sur quoi bosser. Ce fut là le point positif qu'il a retenu de l’expérience.


L’enfant plus jeune serait-il plus libre, dans le jeu, lorsqu’il est soumis à ces "tests" ? En effet, plus nous vieillissons, plus nous serions en proie à notre mental qui se nourrit de nos peurs, de nos systèmes comparatifs et de nos projections.

« Que recherchais-tu, à connaître tes points à travailler, ou voir ton super quotient écrit en trois chiffres ? » demandais-je.

Notre fils s’était bien défendu de vouloir passer ce test pour avoir une « bonne note »... mais quand même, elle avait son importance. Alors, voici en substance ce que je lui ai dit pour pondérer la démarche et surtout le "résultat" :


« Il s’agit d’une photographie limitée d’une partie de tes possibilités cognitives à un moment M de ta vie. Donc, trois choses :

- tu dois comprendre que les réseaux neuronaux se forment et se déforment tout au long de notre vie. Je suis persuadée que si tu avais passé le test enfant, cela aurait été différent (et là, petite question de sa part : mais pourquoi vous ne l’avez pas fait plus tôt ?). Un ouvrier qui doit contrôler toute la journée des pièces usinées, va réussir les tests d’observation adulte parce qu’il a exercé cette intelligence, sauf s’il est mort de trouille en situation d’évaluation,

- tu dois être au clair avec l’attendu. Franchement, une suite de 3 chiffres à partir de 130, qu’est-ce-qu’on s’en fiche ? Un « 131 » est-il plus bête qu’un « 140 » ? Et un "110" est-il débile ? Cela rime à quoi ??? Tu as passé un test qui a tenté de cartographier une partie de tes possibilités. Il y a tellement de formes d’intelligence, que toutes n’ont pu être identifiées, d’autant qu’être un "haut potentiel" comme on dit en France, c’est avant tout avoir une intelligence qualitativement différente et non quantitativement différente,

- la cartographie s’est faite à un instant T de ta life. Tu dois donc accepter des variables comme la personne qui te fait passer les tests, ton état émotionnel du jour, tes freins et ta peur de l’échec. Et j’en passe. Si tu es encore en train de ruminer le précédent exercice que tu estimes avoir loupé, comment peux-tu être concentré sur celui qu’il t’est demandé de faire à l’instant présent ? Peut-être que dans ton cas, être « évalué » non pas sur 2 heures compilées, mais étalées en plusieurs fois, aurait été plus concluant ».


Et me concernant, j’ai fait quoi alors ?


J’ai répondu « non ». Non, merci. Autant, pour mon fils cadet, l’enjeu était de taille dans sa scolarité, pour moi, il n’y en avait plus aucun. Satisfaire et gonfler mon égo ? Participer à des forums sur les réseaux sociaux ? Ouvrir un blog "ma vie de Zèbre" ? Savoir qui j'étais ? Je connaissais la plupart de mes recoins méandreux à 10 ans... Je devais donc faire confiance à la praticienne dont la confiance en elle dépassait l'Everest, qui venait juste de relever la tête de toutes les notes qu’elle avait prises, et me lançait tout de go «vous êtes l’exception dans l’exceptionnel ». C’était certainement sa phrase bateau dite à tous les adultes qui faisaient leur coming out dans son cabinet. Mais revoir toute ma vie sous cet angle nouveau a rendu le processus logique. C’était la pièce maîtresse manquante. Du statut de “compliquée”, je suis passée à “complexe” aux yeux de tous. J’ai compris toutes mes souffrances et mon parcours fait de chaos. Je n’avais pas besoin de voir 3 chiffres pour enfin comprendre que mes processus de pensées étaient arborescents. Je l’aurais de toutes façons sabordé ce test, et volontairement de surcroît.


Alors c’est vrai, je n’ai aucune légitimité à parler du sujet car je n’ai pas passé ma certification. Je ne peux pas faire partie d’associations où on se retrouve entre « hauts potentiels », pour lesquelles il faut réussir les tests d’entrée ou bien montrer son brevet HPI et avoir obtenu au moins 130. Peut-être suis-je une imposteure ? Et si c’était ces tests qui étaient une grosse imposture, après tout ???





Tout le monde s’accorde à penser que Leonard de Vinci était un génie. A-t-il passé le test du WISC pour nous le prouver ?

Je lis dans tellement de blogs « si vous voulez vraiment être sûr que vous êtes un haut potentiel, il faut passer les tests ». Allez voir le site www.douance.be. Je le trouve très bien fait. Il exprime en effet qu’un questionnaire qualitatif mené par un expert doit suffire*. Si vous voulez aller au-delà, faites-le. Mais demandez-vous toujours pour quelle(s) raison(s) vous souhaitez vous y frotter.


Pour les enfants, lorsque leur intelligence est encore un diamant pur, non déformé par un système éducatif et scolaire normés, il peut en revanche être pertinent de faire un point cognitif (sans tests) s’il y a mal-être avéré. Car fonctionner "différemment" n'est pas toujours un cadeau dans notre pays.

Ce qui permettra de mettre en lumière leur forces, leurs blocages. Et aller voir les enseignants pour leur expliquer leur fonctionnement global, comment il peut être compliqué pour eux de gérer leur arborescence de pensée et leur émotions parfois à la limite de la violence. Peu d’enseignants sont préparés à accompagner les profils atypiques. C'est dommage, car il va y en avoir de plus en plus. Ainsi, un enfant différent peu vite décrocher, passer pour un neuneu, et effet pygmalion oblige, l’enseignant entretenir la croyance de nullité qui finira par déboucher sur l’échec.


En résumé, si vous voulez savoir "si vous en êtes ou pas", consultez un psychologue rompu aux profils atypiques. Après l’anamnèse, si le praticien vous dit «welcome dans le monde des cerveaux différents », faites-lui confiance. Si vous êtes du genre hyper contrôlant et sceptique, alors passez le test avec lui...


Les tests chiffrés ne sont que des indicateurs ciblés. Gardez en tête que l’intelligence est qualitative. Elle ne se quantifie pas. On ne met pas sur une balance l’intelligence pour la peser.

Ainsi, au lieu de nous demander « quel niveau d’intelligence j’ai », peut-être serait-il plus judicieux de nous demander « quelles sont mes intelligences »...



* extrait du site www.douance.be :

L'évaluation qualitative est une méthode (indépendante des tests de QI) qui permet d'identifier la personne HP par : - l'anamnèse (son histoire), - l'analyse de son mode de pensée, - l'analyse de ses caractéristiques psychoaffectives, etc. On l'utilise de plus en plus dans la mesure où "ce n'est pas le QI qui fait le HP", mais plutôt un "fonctionnement qualitativement différent".

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